Abordons tout d'abord quelques point de repères dans l'histoire limougeaude de l'émail.
C'est au IIIème siècle que la cité d'Augustoritum, qui deviendra par la suite notre ville de Limoges, s'affaiblit. Avec l'abandon des surfaces habitées, l'accumulation des problèmes économiques et la démolition des édifices, la ville disparaît progressivement. Elle est transformée en carrière et sert donc aux maçons et aux ateliers d'émail qui utilisent les ressources des tesselles gallo-romaines. Une fois écrasés, les morceaux de verre et de mosaïques laissés par la cité abandonnée serviront de matière pour les émaux champlevés.
Au Moyen Âge, cet art produira de merveilleuses œuvres. Plusieurs phénomènes semblent être à l'origine de ce succès. D'une part, saint Eloi, patron des orfèvres et des forgerons, naît à Chaptelat, près de Limoges à la fin du VIème siècle. Il est à l'origine d'une tradition du travail du métal. D'autre part, une grande partie des matières premières nécessaires à l'émail sont présentent dans la région, les oxydes métalliques par exemple. Pendant au moins deux siècles, les pièces de l'Oeuvre de Limoges feront l'objet de nombreuses commandes dans toute l'Europe chrétienne.
La fin du Moyen Âge, avec la guerre de cent ans, est une période plus difficile pour la ville et l'émail. La production est beaucoup moins importante voire disparaît.
L'émail réapparaît à la fin du XVème sous une technique différente : l'« émail peint ». Cette technique fait apparaître des créateurs de renom comme Léonard Limosin qui est notamment promu émailleur du Roi.
Après cette période très faste de la Renaissance, la créativité décline de nouveau à partir de la fin du XVIIème siècle et l'émail disparaît une fois de plus à la fin du XVIIIème siècle.
Mais une fois de plus, tel le phénix, l'émail renaît de ses cendres dans la seconde moitié du XIXème siècle pour connaître de nombreuses évolutions jusqu'à nos jours.
Les techniques :
Après fusion à haute température de ses composants, la silice, la potasse, le minium et la soude, on obtient après broyage, le « fondant », poudre incolore qui ressemble au cristal.
La coloration du « fondant » se fait par l'addition des oxydes métalliques ou d'autres produits tels que :
- · le sélénium (en l'absence de plomb), coloration jaune ;
- · l'uranium vive, couleur orangée ;
- · le fer pour le bleu, le brun, le noir ;
- · le chrome pour obtenir le vert et le rose ;
- · le cuivre pour le vert, le rouge et le bleu ;
- · le cobalt pour un bleu profond et le vert ;
- · le manganèse pour le mauve ;
- · l'or métallique pour un rouge soutenu.
Le mélange est ensuite déposé sur un support de métal tel que l'or, l'argent, le bronze, le cuivre, l'acier. Plusieurs cuissons d'environ 800° fixe la poudre à l'un de ces supports.
Cloisonné :
On fixe par soudure de fines cloisons d'or, d'argent ou de cuivre. Les alvéoles ainsi obtenues sont remplies d'émail. Le tout est ensuite cuit et poncé.
Cloisonné dit « à jour » (ou « plique à jour ») :
Les alvéoles sont collées sur un support en cuivre fin qui est ensuite dissout avec des acides. Il n'y a donc pas de fond et cela permet des effets de transparence. L'effet est comparable au vitrail mais dans des surfaces beaucoup plus petites.
Champlevé :
Selon la conception du décor on creuse des cavités dans le métal à l'aide de burins et d'échoppes. L'émail en poudre est placé dans les cavités, puis subit les cuissons nécessaires. Ensuite des ponçages devenant de plus en plus fins éliminent le surplus d'émail et donne le polissage nécessaire à la pièce. Cette technique, dérivée du cloisonné, produit un travail plus fin.
Basse taille :
Le support en métal précieux est ciselé en creux. Les reliefs et les volumes ainsi tracés sont revêtus de pellicules successives d'émail translucide, parfois associées à de l'émail opaque coloré.
L'émail peint :
La plaque de métal est recouverte d'une première couche de fondant sur ses deux faces et subit une première cuisson. L'envers est donc protégé des attaques du temps et l'endroit est préparé à recevoir diverses couches d'émail coloré posées à la spatule et au pinceau, qu'un nombre identique de cuissons fixera.
La grisaille :
Cette technique est dérivée de l'émail peint. La plaque de cuivre est recouverte d'une couche d'émail blanc sur un fond noir.
Après cuisson, l'émailleur travaille avec du « blanc de Limoges » à l'aiguille ou au pinceau, en diverses densités, donnant à la matière différents effets de gris et de blancs (ombres et lumières). Le blanc peut aussi être remplacé par de l'or, ou mêlé à des couleurs. La grisaille est utilisée essentiellement pour l'art du portrait.
Fontaine devant l'Hôtel de ville de Limoges, blason de la ville en émail champlevé :
